Luc Ferry, philosophe délateur : Je pense donc je suis partout

Yann Moix

luc-ferryMon nom est Luc Ferry (1951-2011). Je suis mort. Je suis philosophe : pardon, professeur de philosophie. J’aurais voulu être un penseur, mais j’ai choisi, comme dans une époque où je n’ai pas vécu, d’être un délateur. On ne peut à la fois penser et dénoncer, fabriquer des concepts et fabriquer des coupables. Je dénonce donc je suis. C’est Descartes à la Kommandantur. Je pense donc je suis partout. Je suis professeur : j’enseigne la jalousie, j’enseigne l’aigreur, j’enseigne la haine de soi à l’Université des cafards. Je suis titulaire d’une chaire de ragots, d’un magistère de rumeurs. J’aurais voulu laisser une œuvre : à défaut d’étincelles, je crache. À défaut de génie, je souille. Je suis pour le grand nettoyage, mais je ne fais que salir. Je suis mort.

J’ai été ministre, j’ai été sinistre. Je suis mort. Je connais des gens qui sont courageux dans le courage : je suis, pour ma part, lâche dans la lâcheté. Je balance sans donner les noms ; je trahis les balances, je suis un traître chez les traîtres. Je lis Kant, je prétends lire Kant, mais la loi morale n’est pas en moi : elle est sous moi. Parce que j’ai fait sur elle, je me suis oublié sur elle. Je suis un kantien sans morale, un kantien sans Kant. J’accuse, mais c’est à vous de savoir qui. Je suis le roi du “suivez-mon regard”, du “on se comprend”. Mes non-dits sont pires encore que mes écrits. Je dénonce, je véhicule des saloperies parce que je suis une poubelle, je ne suis pas une ordure : mais une boîte à ordures. J’écris des livres sur le bonheur mais tout, en moi, respire le contraire. Quand j’envie, c’est tout le monde. Quand j’accuse, c’est personne.

Mon nom est Luc Ferry (je suis mort) : j’aurais aimé que ce nom soit digne, et c’est raté. Raté comme mon œuvre, raté comme mes ambitions. Je voulais aller loin : mais c’est trop loin pour moi. Réussir ma vie n’a pas été possible : autant gâcher celle des autres. Les autres ? Vous savez ces gens qui écrivent mieux que moi, occupent des fonctions supérieures à la mienne, partouzent avec des femmes plus jolies que la mienne. Les autres ? Vous savez, ces gens plus beaux que moi, plus riches que moi, plus intelligents que moi. Je détruis, c’est plus simple. Construire ne m’est pas permis : les systèmes, c’est pour les philosophes. Je voulais refaire le monde : je me défais dans les mondanités. Ce serait à refaire, je serais Dieu. En attendant, je suis une limace. Je produis du buzz, j’émets des bruits. L’agrégation de philosophie mène à tout. Même à la mort. Je suis mort. Vivant, mais mort.

Je fus ministre de l’Education nationale. Mais je suis mort à présent. Mort ! La vanité m’aura tué (je suis mort), l’arrogance, la morgue, la prétention. Et comme je suis bien la petite frappe que je viens de dire, je vais aussitôt raturer ce que j’ai dit la veille, je vais m’excuser, bien platement, je vais me coucher, m’aplatir, je vais m’écraser, je vais me faire oublier. Je vais dire que je n’ai pas dit ça. Je vais faire taire la rumeur que j’ai contribué à répandre. Je vais me répandre. Je vais m’étaler. Je vais me suspendre. Je vais me reprendre. Je vais me pendre. Je vais me dédire, je vais me corriger. Je vais m’expliquer. J’ai honte. Je voudrais qu’on m’aime, qu’on me plaigne, qu’on me comprenne. Je voudrais qu’on m’oublie. Comme on a oublié mes livres, comme on a oublié mon passage au gouvernement. Je voudrais être comme hier, comme avant-hier : un simple petit imposteur sans envergure et cuistre, une poussière intellectuelle, mais je vous en supplie pas le salaud que je ne suis pas vraiment, pas la pourriture que je ne suis pas intégralement. Je ne suis pas méchant, je vous le jure. Je demande pardon à celui que j’ai voulu tuer, que je ne nomme toujours pas, oh et puis si, je le nomme. Celui dont j’ai fini par avoir la peau, c’est moi. Je suis mort. Je suis mort !


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63 commentaires sur «  Luc Ferry, philosophe délateur : Je pense donc je suis partout »

  1. lombard dit :

    le viol est un crime. dénoncé un crime est une obligation sur laquelle la justice se fonde pour enquêter.

    le viol n’est ni du registre de la vie privé comme a osé le dire mr vallini , ni un détrousage comme le dit jfk, mais un crime
    le viol sur mineur est une monstruosité que doivent payer les auteurs, ici et ailleurs ?
    avez vous des éléments qui vous permettent de dire qu’il s’agit d’une énonciation calomnieuse anonyme ?
    si oui donnez les au procureurs .
    si non pensez aux enfants violés si vous avez encore un peu de temps pour cela.

    que ferry ait dénoncé cette affaire pour obtenir le remboursement de ses salaires de fonctionnaires détachés, c’est assurément pitoyable, mais la vérité se sait toujours.
    on ne demande pas à ces gens d’être des gens biens, depuis le temps on le serait, mais on peut peut etre parfois encore ………. non pas le croire, mais les contraindre …. non ? mais ce n’est assurément pas avec votre manière de voir les choses .
    h lombard

  2. thierry dit :

    La vérité longtemps cachée, devrait finir par éclater à condition que la justice des grands ne l’étouffe pas.
    La pédophilie reste un crime que l’on soit grand et riche ou pauvre et malheureux.
    Les américains nous prouvent toute leur efficacité avec une égalité entre les justiciables qu’ils soient Ministre ou Directeur. Merci à eux.

  3. Merleau dit :

    C’est article est une honte. La plume de cet écrivaillon est abjecte. On nage dans le gauchisme putassier et la paresse intellectuelle la plus crasse.

    • Ladriel dit :

      Je suis d’accord avec Merleau. Pourquoi autant de haine, autant d’agressivité, autant de bassesse ?
      Quand on prétend donner des leçons, on commence par se les appliquer à soi-même …

  4. David dit :

    Yann Moix a lavé l’honneur des intellectuels français.

  5. Bernard dit :

    Merci Yann,

    ça m’a fait du bien de vous lire dans cet océan infect qui nous entoure.

  6. françoise dit :

    Le crime c’est de ne pas avoir dénoncé plus tôt ces actes pédophiles.

    La délation ? c’est quoi ? dénoncer des pédophiles ?

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